Dominique Gillot regrette « la brutalité » des constats de la Cour des comptes sur les Crous alors qu’ils se modernisent

Dominique GILLOTLa Sénatrice était interrogée le 12 février dernier par Madame Camille CORDONNIER – journaliste à l’AEF, sur le rapport annuel de la cour des comptes relatifs aux CROUS.

  « Nous sommes dans une phase d’évolution, de mutation et de modernisation de la gestion des Crous et la brutalité des constats et des recommandations de la Cour des comptes écrase un petit peu cette information« , a estimée Dominique GILLOT,sénatrice PS du Val-d’Oise.

Interrogée sur le contrôle de l’assiduité des étudiants boursiers, elle considère que « c’est une vraie question » et qu’elle concerne « tous les étudiants », dans les universités mais aussi dans les grandes écoles. Selon elle, « avant d’en venir à des contrôles et à des rétorsions », il faut instaurer « une démarche d’encouragement et de valorisation » de l’assiduité, « par des pratiques et des dispositifs ».

INTERVIEW publié avec l’aimable autorisation de l’AEF et de Madame CORDONNIER

AEF : Comment accueillez-vous les préconisations du rapport annuel de la Cour des comptes sur le réseau des œuvres universitaires  ?

Dominique Gillot : C’est un peu brutal, comme beaucoup des constats et des préconisations de la Cour des comptes. Ceci mis à part, il est dommage que des aspérités ressortent et fassent l’objet de commentaires, sans explications. Nous sommes justement dans une phase d’évolution, de mutation et de modernisation de la gestion des Crous et la brutalité des constats et des recommandations de la Cour écrase un petit peu cette information. D’autant qu’elle est peu véhiculée, puisque nous sommes dans l’attente du Plan vie étudiante, qui a été annoncé par la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Dans le cadre de la loi ESR également, tout un volet concerne la vie étudiante, la réussite des étudiants et l’implication des Crous dans la définition des objectifs, des stratégies pour favoriser cette réussite dès le premier cycle. C’est en train de se mettre en œuvre. Il s’agit de la représentation des Crous dans les conseils académiques, la réorganisation des Crous après l’arrivée d’un nouveau directeur général du Cnous avec des méthodes participatives. Mais également des poursuites de ce qui avait déjà été engagé par le directeur précédent qui avait commencé l’analyse des procédures, l’introduction des recherches d’économie d’échelle par des commandes groupées. Avec Guillaume Houzel, tout ceci est en train de se généraliser, avec beaucoup de convictions car le Cnous n’a pas d’autorité hiérarchique sur les Crous. En effet, chacun est présidé par le recteur et c’est donc à lui que revient le contrôle.

AEF : La Cour des comptes préconise ainsi de renforcer le contrôle de l’assiduité des étudiants boursiers. Qu’en pensez-vous ?

Dominique Gillot : C’est une vraie question et elle ne concerne pas seulement les boursiers, mais bien tous les étudiants. C’est quelque chose qui se travaille, qui s’acquiert et qui peut se contrôler. D’ailleurs, le MENESR a signé une circulaire dans ce sens. Mais avant d’en venir à des contrôles et à des rétorsions, je pense qu’il faut que l’on soit dans une démarche d’encouragement et de valorisation de l’intérêt de l’assiduité, par des pratiques et des dispositifs.

Chacun s’accorde à dire que les étudiants fantômes ne représentent pas une proportion très importante. Par contre, la désinvolture ou le sentiment que l’on peut rattraper un cours par des polycopiés ou grâce maintenant au numérique, est assez véhiculé, notamment dans les premiers cycles. Il faudrait donc un accueil, un encadrement, une manière d’engager un lien fort pour que l’étudiant se sente engagé dans quelque chose où il prend du plaisir. Après le lycée, l’université peut apparaître comme un grand espace de liberté et être synonyme de perte de repères et très vite, un éloignement et un absentéisme peut s’installer durablement et avoir des conséquences sur l’adhésion aux études.

Aujourd’hui, nous sommes sur un grand principe de liberté et de confiance, sans contrôle. Cela peut avoir des failles en fonction de la maturité, des difficultés ou de l’intérêt de certains étudiants. D’ailleurs, cela ne concerne pas que l’université, certaines grandes écoles ne pratiquent pas de contrôle de la présence ni des étudiants, ni des professeurs. Du point de vue éthique, l’inscription à l’université doit justifier d’une assiduité, parce que c’est une place qui est occupée et c’est donc une question de respect et de responsabilité sociale. Et dans le cas d’étudiants boursiers, il s’agit de loyauté vis-à-vis de l’État qui engage des financements pour favoriser l’accès aux études.

AEF : Quel est votre sentiment concernant les recommandations de la Cour sur le logement étudiant et notamment la préconisation visant à construire plus de logements dans les zones en tension ?

Dominique Gillot : Un plan de rattrapage de l’État existe et prévoit la construction de 40 000 logements d’ici la fin du quinquennat. Mais on voit bien les difficultés et les résistances qu’il y a à construire et pas seulement des logements étudiants. Il faut soutenir la volonté ferme de l’État à maintenir cet engagement qui est porté par les collectivités territoriales, dont certaines y sont très attentives. Cependant la critique et la suggestion de la Cour des comptes me semblent incohérentes entre elles et inappropriées au service public du logement étudiant.

AEF : Dans sa réponse à la Cour des comptes, le Cnous fait d’ailleurs valoir sur ce point, que le blocage vient de certaines collectivités territoriales.

Dominique Gillot : Certainement, il y a une espèce de frilosité et de résistance à la construction qui devient un enjeu politique fort aujourd’hui.

AEF : La Cour propose également le transfert des Crous vers les Comue ou les collectivités territoriales. Quelle est votre position sur ce sujet ?

Dominique Gillot : Je n’y suis pas favorable. Les Crous sont des émanations et l’expression d’une responsabilité étudiante, c’est l’histoire du mouvement étudiant et y renoncer serait changer notre modèle. Par contre, que les Crous développent cette responsabilité sociale, cette meilleure réponse aux besoins actuels des étudiants, montre que la réaction et la gouvernance des Crous s’adapte. On voit que les Crous sont en train de diversifier et d’élargir leur offre de restauration par exemple, pour mieux répondre aux goûts et aux habitudes des étudiants sans renoncer à la mission d’offre de repas accessibles et équilibrés. Il faut qu’ils développent plus d’activités qui facilitent l’engagement des étudiants dans des démarches de responsabilité et d’altruisme en plus de leur parcours académique. On voit bien que cela correspond aux enjeux de la période actuelle, avec les plans d’engagement citoyen qu’appelle de ses vœux le président de la République, l’appel aux associations d’éducation populaire parmi lesquelles les associations qui s’appuient sur la vie étudiante : l’AfevGenepi, Animafac et les associations très locales. D’ailleurs, sur les campus où la vie étudiante est riche, on trouve aussi de belles innovations comme des épiceries sociales et solidaires.

AEF : Cette volonté de valoriser l’engagement citoyen des étudiants est également inscrite dans les mesures en faveur de la mobilisation de l’École pour les valeurs de la République lancée par la ministre, Najat Vallaud-Belkacem.

Dominique Gillot : Tout à fait. Le programme du MENESR est très intéressant et il y a une très grande mobilisation justement de la CPU, de la Cdefi et de la CGE. Les axes proposés sont concrets. Il faut vraiment que l’on puisse avoir cette valorisation. C’est une manière d’encourager et de reconnaître l’engagement des étudiants et de la prendre en compte dans l’évaluation de leurs compétences.

AEF : Vous êtes également administratrice de CampusFrance. Comment les choses se passent-elles après les difficultés que vous aviez soulignées peu après sa création ?

Dominique Gillot : CampusFrance est vraiment en train de prendre sa vitesse de croisière après les difficultés de mise en place. Aujourd’hui, je pense que l’administration est en train de se stabiliser et nous avons un organigramme qui fonctionne bien. Des procédures de négociation, de signature et de solvabilisation des conventions avec les pays semblent bien marcher. Je pense qu’il faut laisser un petit peu de temps pour pouvoir faire une évaluation et mesurer les étapes qui restent encore à parcourir. Il y a encore un gros travail à faire du côté des formations des professionnels dans les postes de recrutement à l’étranger, qui n’ont pas forcément une connaissance parfaite du milieu universitaire français, des pratiques. Certaines orientations peuvent donc être un peu aléatoires, ce qui a des conséquences dans l’accueil de l’étudiant dans l’université dans laquelle il a été retenu, dans l’adaptation de son parcours, ainsi que dans le lien de confiance qu’il peut y avoir avec sa famille restée au pays. C’est une question que j’ai portée plusieurs fois en conseil d’administration et qui est à l’étude, me semble-t-il. Un programme doit être défini dans ce sens.

Il y a une normalisation des relations avec le Cnous (ce qui n’était pas le cas au début). En effet, la création de CampusFrance lui a donné le sentiment d’être dépossédé d’une mission qu’il avait l’impression d’exercer correctement. Il y a maintenant une bonne conjugaison entre les différentes missions de chacun. L’idéal serait de parvenir, dans l’esprit que j’évoquais tout à l’heure sur les nouvelles missions des Crous, à la mise en place d’un guichet unique d’accueil des étudiants étrangers et des autres, dans chaque Crous.

Dans mes préoccupations d’accueil des diplômés étrangers, il reste d’ailleurs toute une partie de la proposition de loi que j’avais présentée et qui n’est pas encore transposée dans les textes et les règlements. Je me félicite d’avoir insisté pour introduire dans la loi ESR deux amendements qui facilitent l’accueil des étudiants en premier cycle et la possibilité d’expérience professionnelle après l’obtention du diplôme. Mais il reste quand même la question du visa pluriannuel pour les licences, qui n’est instauré pour l’instant que pour les doctorats et qui peine à se mettre en place pour les masters. Certaines préfectures continuent de fonctionner sur de vieux comportements stigmatisants pour les étudiants. Il serait plus facile d’avoir une convention avec un fonctionnaire assermenté du Crous ou de l’université pour renouveler les visas, plutôt que de leur imposer des heures et des heures d’attente (dans certains départements).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s